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2010-2020 : une décennie en montagne !

Abécédaire d'une décénnie en montagne

La montagne et le tourisme en général sont au centre de mutations sociétales et structurelles. Certains produits touristiques ont fait leur apparition, d’autres initiatives ont fondu aussi vite qu’elles avaient émergées. Qu’avons-nous retenu ? Nos réponses en abécédaire.

Petit à petit, chaque station ou presque s’est dotée d’une application. Le smartphone est devenu un office de tourisme : plan des pistes ou de randonnée, commerces ouverts, suggestions d’activités, informations en temps réel, météo… Les clients les utilisent jusqu’à 3h15 par jour*. La montagne, pourtant sanctuaire pour certains, n’est pas à l’écart de la digitalisation croissante de la société et des pratiques.

Amorcée lors de la décennie précédente, l’offre bien-être est devenue indispensable aujourd’hui. Plus qu’une piscine, c’est désormais un centre aqualudique et de bien-être que les clients s’attendent à retrouver dans leur hébergement. L’eau et la neige vont plus que jamais de paire. De l’établissement haut-de-gamme appuyé par des marques de luxe, aux bains à bulles accessibles à toute la famille à la fin de la journée, tout le monde a accès à une certaine idée du bien-être en montagne.

Nos paysages sont notre plus belle carte de visite. Après des années où le choix de la station était dicté par le nombre de kilomètres de pistes, on se rend compte que l’environnement de montagne est si dépaysant et spécifique qu'il se suffit parfois à lui-même. Se reconnecter et à la fois déconnecter en contemplant des paysages d’exception : une nouvelle idée du bonheur en toute simplicité.

Les remontées mécaniques françaises restent les plus diversifiées et modernes du monde. Toujours plus rapides et performantes, elles sont aussi confortables et surtout s’adaptent à la clientèle en étant efficaces et sécurisées. En 2018, on comptait 3210 remontées mécaniques, un nombre en décroissance car par exemple plusieurs appareils vieillissants peuvent être remplacés par un seul appareil performant.

Préoccupation enfin contemporaine, les actions de préservation de l’environnement s’imposent dans les stations. Tout semble s’être accéléré avec les prises de conscience de 2019 mais certains acteurs ont pris le problème du réchauffement climatique à bras-le-corps depuis bien longtemps. Pas toujours facile de fédérer les socio-professionnels et les visions de chacun pour proposer des actions collectives mais le développement durable est véritablement le challenge d’aujourd’hui.

Fût une époque où manger du fromage et des plats à base de fromage était au choix : mauvais pour le poids, trop gras, trop lourd, ringard (cf. les Bronzés font du ski), trop odorants... La fin de cette décennie signe le retour en hype du fromage de montagne. Digne représentant de la variété de la gastronomie française, sa production en circuit court fait souffler un vent de modernité sur l’authenticité. Les grands chefs redécouvrent beaufort et comté, pour créer des plats d’exception, healty et savoureux.

Les sportifs de haut-niveau le savent depuis longtemps : s'entraîner en montagne, lors de séances encadrées, permet d'accroître ses capacités physiques et pulmonaires une fois redescendu au niveau de la mer. D'une durée moyenne de trois semaines et à une altitude d'au moins 2500 m, ces stages ont pour but d'augmenter le taux de globules rouges dans le sang. En étant moins oxygéné les premiers jours du stage, le corps va stimuler la moelle osseuse pour qu'elle produise plus de cellules sanguines, grâce à une hormone naturellement présente dans notre corps, l'EPO. Au bout de quelques jours, le taux de globules rouges s’accroît pour aider le corps à capter le peu d’oxygène disponible en altitude. De retour en vallée, le résultat est là : la quantité d’oxygène que l'on inspire redevient normale, tandis que le taux de globules rouges reste élevé, transportant ainsi plus du précieux gaz dans nos muscles. On est plus performant, tout en se fatiguant moins vite.
Par exemple, Tignes a ainsi accueilli le XV de France du 15 au 26 juillet 2015 pour le coup d'envoi de sa préparation à la Coupe du Monde de Rugby,

Grande tendance de ces 5 dernières années, les hostels révolutionnent l’hébergement. Après l’ouverture en 2016 du précurseur RockyPop hôtel aux Houches, proposant des concepts tendances et une large gamme de prix, c’est au tour des auberges de jeunesse de faire peau neuve en proposant des concepts novateurs, communautaires et connectés. Des 2 Alpes à Oz-en-Oisans, ce nouveau mode d’hébergement continue sa croissance en montagne après avoir fait ses preuves dans les plus grandes capitales du monde.

Vouloir construire là-haut, se développer là-haut, n’a pas été une mince affaire et est toujours un défi. Des précurseurs ont façonné la montagne que nous connaissons aujourd’hui et certains œuvrent dans l’ombre pour la faire évoluer sans cesse. A leur échelle, des personnalités particulières travaillent pour transmettre également leur propre vision et vivre une montagne, hors des clichés, qui leur correspond. En 2016, nous avions par exemple rencontré des designers qui transposent la montagne hors des codes : https://www.france-montagnes.com/webzine/style/design-vous-aimez-vous-aimerez

Le ski n’est plus un sport, c’est un jeu. Profondément ancrés dans la modernité, les domaines skiables se transforment pour devenir toujours plus ludiques et inventifs. Les expériences se multiplient sur les pistes : parcours d’obstacles pour tous, pistes scénarisées, thématiques, sonorisées ou/et éclairées, zones de ski confort pour les adultes débutants, animations skis au pied au détour d’un virage… Pour répondre aux attentes des clients recherchant toujours plus de ludique sur les pistes, ne skiant pas moins mais différemment, le ski s’enrichit d’une pincée de musique, d’une bonne dose d’animations, de grands événements, de lumières et d’éclairages. L’exemple le plus parlant de cette tendance mêlant ski et amusement est Mille8 aux Arcs, ouvert en 2015, un espace concentrant différentes activités en journée et en soirée, avec notamment une piste parsemée de cabanes dans lesquelles des expériences innovantes sont possibles au détour d’un virage : snowga (snow-yoga), barbecue, animations pour les enfants…

En 2017, notre dossier de presse été est rempli de possibilités de trails en station. Les enquêtes sur ce sport en plein essor se multiplient. On compte des dizaines de courses partout en France, y compris pour les apprentis trailers. Les runners de la ville viennent s’essayer au trail en montagne. 990 000 coureurs âgés de 15 à 70 ans déclarent avoir pratiqué le trail lors des 12 derniers mois. Les stations multiplient les offres pour débutants, il y a de plus en plus d’accompagnateurs spécialisés et d’itinéraires balisés.

Grand classique des vacances à la montagne, le succès de la luge n’a jamais faibli. Qui imaginait que des pistes réservées aux adultes émergeraient en station, particulièrement ces 10 dernières années ? Plus longues, plus pentues, elles sont les montagnes russes naturelles de la montagne. La luge se modernise. Il y a plus de pistes, plus de sécurité, plus de possibilités, et même des descentes encadrées. Déjantées, stables ou moins stables, attachées ensemble, sur des bouées, à l’ancienne, petites ou grandes, les luges sont dans tous leurs états en station.

Tout le monde connaît Martin Fourcade ! Ce sportif multi-titré a su conquérir le cœur des français en mettant à l’honneur un sport méconnu et peu pratiqué jusqu’à lors : le biathlon. Révélé en 2010, enchainant les victoires, il cumule aujourd’hui 174 podiums et pas moins de 7 globes de cristal. Parallèlement, la popularité du biathlon explose et il y a de plus en plus d’enfants licenciés et de plus en plus d’initiations proposées en station. 

La neige est magique, protéiforme, attendue, vénérée, redoutée, imprévisible, sa présence comme son absence font parler. Le projet PROSNOW combine analyse et prévision des conditions nivo-météorologiques pour fournir des informations sur l'évolution future du manteau neigeux au cours d'une saison. En 2019, pour la 1ère fois, une version opérationnelle est déployée dans 9 stations-pilotes.

L’adorable bonhomme de neige est né en 2013, dans le célèbre dessin animé La Reine des Neiges. Avec une place à part pour les montagnards côtoyant la neige au quotidien en hiver, le film devient le succès mondial que l’on connait. En 2019, France Montagnes propose une avant-première du deuxième opus au Grand Rex afin de lancer sa nouvelle campagne de communication et le domaine skiable des 3 vallées fait d’Elsa son héroïne sur des pistes de ski thématisées. Alors, nous avons tous des occasions de chanter « le froid est pour moi le prix de la liberté ».

Côté mode, les marques « montagne » continuent leur descente en ville avec des pièces plus urbaines et tout aussi chaudes et techniques. Par exemple, avec des collaborations avec Jean-Charles de Castelbajac (depuis 17 ans !) et Tommy Hilfiger, Rossignol s’invite aux côtés de designers célèbres pour proposer des looks transposables des pistes aux rues de Paris. La marque ouvre son premier flagship parisien en 2018. Moncler s’invite sur les tapis rouges avec des robes doudounes haute couture collection 2019, portée notamment par Shailene Woodley.

La recherche de cristaux, comme le quartz, est une tradition ancienne en montagne. Il y a souvent des petits magasins de minéralogie en station. Avec l’avènement de la lithothérapie, on cherche à se faire du bien, physiquement et psychiquement, avec les pierres. Celles provenant de la montagne française répondent souvent aux exigences d’extraction éthique et de qualité, au contraire des pierres issues de mines à l’autre bout du monde. Mais elles sont aussi plus rares.

Précurseur parmi les freeskiers, multi-titré, Enak Gavaggio a une personnalité bien affirmée. Sa websérie Rancho, qui est à la fois le nom d’une vieille voiture et l’avatar d’Enak, rencontre un certain succès. De fameux skieurs ou snowboardeurs, ainsi que certains sportifs comme Killian Jornet, participent au tournage de bon cœur. La saison 7 est en ligne.

Pour « Ski Mountaineering », le petit nom branché du ski alpinisme qui fait son apparition aux jeux olympiques de la jeunesse en 2020. Plus accessible, le ski de randonnée, pas forcément associé à une compétition exigeante, connait une nouvelle heure de gloire en station. L’activité répond aux exigences d’un public avide de grands espaces, de cardio, mais aussi d’un sport sans contraintes. Depuis 2014, le nombre de stations françaises proposant des infrastructures dédiées à cette pratique est passé de 4 à 52. On recense, à ce jour, plus de 100 itinéraires créés pour cette pratique (107 exactement). Tous les massifs français sont concernés. Les nouveaux pratiquants affluent plus nombreux chaque année, venant du ski alpin pour beaucoup, mais aussi des sports urbains, du fitness, de la course à pied, du ski de fond… Et le ski de rando se fait, petit à petit, une place dans un programme de vacances comme la luge, la raquette à neige et le chien de traineau.

Les activités proposées en montagne se sont adaptées à un public en quête d’adrénaline qui veut vivre de grandes émotions et aventures. L’évolution de la pratique sportive vers une pratique de loisirs est corrélée à l’évolution d’un tourisme plus classique à un tourisme expérientiel.
Chaque saison voit arriver de nouvelles activités, qu’elles soient importées d’ailleurs (Sled Dogs) ou qu’elles soient des créations d’entrepreneurs (WingJump à Praz de Lys Sommand, Snooc…). On ne s’adresse plus seulement aux « non-skieurs » ou aux adolescents téméraires mais à tous ceux qui veulent vivre une expérience hors du commun.
La sensation de vol est familière des sites de montagne (parapente, avion, ULM…). Ainsi, d’impressionnantes tyroliennes, accessibles parfois aux enfants, sont de plus en plus présentes en stations de sports d’hiver. En position allongée, on s’élance sur un fil d’acier : la Méga Tyrolienne de Val Thorens est la plus haute du monde, le Fantasticâble de Super Besse propose le plus important dénivelé de France (240 mètres), le Roll'Air Câble d'Orcières Merlette 1850 est situé au sommet du domaine skiable propose des pointes de vitesse à plus de 140 km/h et la cascade de tyroliennes de la Plagne est composée de 16 ateliers dont 9 tyroliennes (5 de plus de 110m) avec un final en base jump de 9 mètres, le X-Fly de l’Alpe d’Huez mixe tyroliennes et chutes libres de 4 ou 8 mètres pour toute la famille.

La culture urbaine débarque de façon fracassante en montagne depuis quelques années. Historiquement, les sensations de glisse éprouvées sur les pistes de ski se rapprochent de la glisse urbaine, avec un parallèle facile entre les skateurs et nos snowboardeurs, ne serait-ce que par l’esprit, les codes. Mais aujourd’hui, ce sont plus globalement les ambiances qui s’entremêlent, les intérieurs qui deviennent aussi instagrammables que les sommets enneigés bien cadrés, et l’art qui sort des musées pour prendre possession des chemins de randonnée. A Saint-Gervais Mont-Blanc 2017 voit l’ouverture du parking 2KM3, un gigantesque musée alternatif ouvert sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il s’agit d’une première mondiale. 11 artistes, venus des quatre coins du globe, ont chacun disposé d’un niveau de parking à couvrir, soit une surface de deux mille mètres cubes (2KM3).

Essayer pour la première fois le VAE donne toujours lieu à un émerveillement chez les nouveaux adeptes qui découvrent la pratique du vélo. De nombreuses séances découverte du VAE encadrées par des Moniteurs-Guides MCF sont organisées en stations pour offrir cette première expérience réussie : un moniteur qui explique le fonctionnement du vélo avant de partir ainsi que les quelques consignes de sécurité, qui équipe d'un casque tout le groupe, et le moniteur se transforme aussitôt en guide pour mener ce groupe à travers les sentiers et chemins alentours.

On peut alors prendre le temps de voir le paysage, de discuter, d'écouter les anecdotes du guide sur le territoire traversé, etc. C'est une pratique nouvelle en croissance constante depuis 2015 qui peut se montrer douce et très touristique.

10% des clients des stations de ski choisissent le train comme moyen de transport. Avec des offres tarifaires avantageuses et des facilités pour transporter le matériel de glisse, il est plébiscité par de nombreux Parisiens. Des navettes permettent ensuite de rejoindre les stations. Parfois malmené, avec des horaires changeants, moins de trains suivant les périodes ou des ruptures de charge malheureuses, le train reste la meilleure alternative à la voiture et aux conditions d’accès parfois compliquées en montagne. La prochaine décennie verra peut-être la généralisation de ce moyen de transport pour rejoindre les cimes.

Sortes de jeux olympiques de l’extrême, les X-Games version estivale existent depuis 1997 aux Etats-Unis. C’est l’effervescence lorsque la version hivernale européenne prend ses quartiers à Tignes en 2010. Les meilleurs riders de la planète s’affrontent lors de contests démesurés dans une ambiance de folie. La dernière édition en 2013 réunit 117 000 spectateurs sur 3 jours avec une diffusion TV dans 184 pays.
Particulièrement uniques, les Winter X-Games Europe ont eu peu d’équivalent en station depuis. Dernier événement incontournable, Tomorrowland bouscule les codes en 2019 à l’Alpe d’Huez avec un nouveau fonctionnement encore jamais vu en France : une quasi-privatisation de la station pour 25 000 festivaliers. L’édition 2020 est en préparation.

Exit l’image de vieux babas-cool répétant des mantras : le yoga se développe en France à la vitesse de l’éclair depuis 2010, particulièrement ces 5 dernières années. Il y a des déclinaisons de l’activité pour tous les goûts, tous les styles, tous les budgets. Pratiquer dans un paysage d’exception où l’on peut respirer à plein poumons est le graal de tout adepte. La montagne se prête donc bien aux postures en pleine nature et les cours, parfois de qualité inégale, se généralisent un peu partout. Yogapéro, yoga-chèvre, yoga et jeûne, jusqu’où ira le yoga en montagne ?

Nous ne parlerons pas ici d’horoscope (quoique) mais de constellations. La voie lactée est magique en montagne, le ciel pur et les milliers d’étoiles semblent toutes proches alors que l’on se sent tout petit. Au Pic du Midi, la nuit sous les étoiles est une expérience dont on se souvient toute sa vie. « La nuit des étoiles » en août réunit des centaines de vacanciers en montagne autour de passionnés d’astronomie qui proposent des observations et des animations. Dans certains campings, on peut désormais dormir sous des bulles transparentes (ouverture d’un village de dômes aux Orres cette année), on est un peu à la belle étoile mais dans un lit au chaud. Bonne nuit et à l’année prochaine !

*enquête conduite au cours de l’hiver 2019 auprès de 2780 clients de stations du groupe Labellemontagne