Les légendes de nos montagnes

Des esprits protecteurs des sommets aux créatures mystérieuses tapies dans les forêts, en passant par les récits de bergers et d’anciens colporteurs, la montagne est riche d’histoires transmises de génération en génération. Ces légendes, mêlant réalité et imaginaire, façonnent l’identité et l’âme des massifs français. Cette page réunit contes, mythes et anecdotes collectés aux quatre coins des Alpes, des Pyrénées, du Jura, du Massif central et des Vosges, pour plonger dans l’univers fascinant des récits montagnards.

Au Pays des Ecrins, ma légende du Pré de Mme Carle ou l’histoire du cocu rancunier…

Le Pré de Madame Carle se trouve au-dessus du village d’Ailefroide, sur la commune de Vallouise-Pelvoux. On y accède par une route carrossable mais non déneigée en hiver.
Geoffroy Carle décida de faire réaliser à ses frais, sur l’église Saint-Laurent des Vigneaux, une fresque qu’il voulait magnifique, avec pour thème : les vices et les châtiments. Il fit venir un jeune fresquiste italien et chargea son épouse, Louise Carle, de surveiller les travaux. Louise se rendait donc régulièrement à l’église des Vigneaux et finit par tomber dans les bras du séduisant peintre. Mais leur idylle fut de courte durée, car la Dame trouva rapidement un autre amant. C’est au cours d’une soirée au Domaine de Rama, que la belle Dame de la Bâtie décidément volage oublia bien vite son pauvre peintre et se laissa séduire par le seigneur des lieux. Et c’est bien naïvement que Louise se rendit à l’église, au bras de sa nouvelle conquête… Fou de jalousie, le jeune italien décida de se venger. La fresque étant presque terminée, il eut l’idée de donner aux vices la tête des acteurs de cette légende : le nouvel amant représenta l’Orgueil, le mari, la colère et l’épouse prit la place de la Luxure, sur le bouc…
De retour de Grenoble, Geoffroy Carle n’eut aucun mal à reconnaître les personnages. Il décida lui aussi de se venger… Pour cela, il assoiffa pendant plusieurs jours la monture de sa jeune épouse. Pas le bouc, non, mais la mule préférée de Louise. Et alors que Louise se promenait avec Geoffroy dans les alpages, la pauvre bête assoiffée se précipita dans l’eau du torrent, refusant d’obéir à la belle. Louise se noya. Geoffroy revint au village avec le corps de son épouse et fit procéder à une grand cérémonie d’inhumation. C’est pourquoi, en hommage à « sa tendre et si dévouée épouse, disparue dans des conditions dramatiques », il décida de nommer cette prairie « Pré de Madame Carle ».
Cette légende est un récit sorti de l’imagination de Gabrielle Sentis, en 1982 et ne peut en aucun cas être considérée comme une « page d’histoire »… 😉

Dans le Dévoluy, la vieille légende des géants

Une vieille légende raconte que, jadis, les géants l’Obiou, le Grand Ferrand, le Pic du Bure et le Faraut se battaient à coups d’énormes blocs de pierre. Ils puisaient leurs munitions dans la vallée de la Souloise, seul cours d’eau traversant Le Dévoluy. Ainsi, à force de batailles, ils creusèrent une sorte de berceau en formant un mur élevé autour de celui-ci. Ayant abusé de leur puissance, les quatre géants furent changés en sommets. Le Dévoluy est donc considéré comme une véritable citadelle, défendue par plusieurs géants, partageant ses remparts avec l’Isère et la Drôme.

A Serre-Chevalier, les habitants du Monêtier les Bains étaient appelés les « Tripes Chaudes » car ils buvaient l’eau de source réputée pour ses vertus digestives. Aujourd’hui c’est pour ses vertus relaxantes que l’on profite des eaux naturellement chaudes du Monêtier aux Grands Bains.

A la Bresse Hautes-Vosges, la boule du diable !

Selon la légende, des joueurs de quilles se seraient laissés tenter par le diable là où se trouve désomais un bloc de granit érodé à proximité du Lac de Lisapch. Ils furent punis et moururent dans l’année. Depuis, on les entend jouer aux boules « de feu » (éclairs) et « de granit » (tonnerre) les jours d’orage.

Dans les Montagnes du Jura, la légende de la Source Bleue

Cette cruelle et tragique légende locale explique que tout ce bleu de la source viendrait des larmes des yeux bleus de Berthe de Joux, pleurant la mort de son amant au 12ème siècle. Son jeune mari, le seigneur croisé Amaury III de Joux, longtemps passé pour mort durant les croisades, revient contre toute attente quelques années plus tard, et découvre sa jeune épouse qui se croyait jeune veuve, avec un nouvel amoureux, le chevalier Amey de Montfaucon, revenu lui aussi des croisades. Ivre de rage et de douleur, Amaury tue l’amant et fait cruellement enfermer son épouse à vie dans un minuscule cachot de son fort de Joux, avec vue…sur la dépouille de son amant !
Il s’agit pour d’autres de la réflexion de l’eau dans le spectre du bleu qui donne à l’eau cette couleur. La source Bleue fut l’objet d’une peinture signée Gustave Courbet en 1872.

Aux Menuires, l’anecdocte du Cheval Noir

Direction la Vallée de Deux Nants à travers l’itinéraire du Cheval Noir, où la nature a repris ses droits. Ici, les vallons sont coupés du monde et seuls quelques refuges viennent troubler la quiétude des alpages et des troupeaux. Le tracé est classé noir de par sa longueur mais demeure accessible grâce à un sentier totalement remodelé.
Au départ du hameau de la Sauce à 1600 m d’altitude, à deux pas de Saint Jean de Belleville, le sentier embarque le randonneur pour une balade à la journée à travers la Vallée des Belleville. Le temps s’arrête lorsqu’on atteint l’alpage des Combes où l’on peut assister à la traite des vaches tarines et abondances puis déguster le précieux Beaufort « chalet d’alpage ». Plus rare, il doit être produit de juin à octobre à une altitude minimum de 1500 m et fabriqué tout de suite après la traite, deux fois par jour, avec le lait encore chaud d’un seul troupeau. Cet élevage en altitude, où les vaches se régalent de la flore des montagnes et de gentianes, lui confère un fruité unique. À 15h, randonneurs, gourmets et curieux sont invités à profiter de la seconde traite, guidés par le tintement des cloches au fond d’un vallon verdoyant. Passage obligé par le refuge Plan Lombardie. Refait à neuf et faisant partie intégrante du Grand Tour de Tarentaise, il accueille les randonneurs dans son cadre enchanteur pour une pause bien méritée, avant de repartir en longeant le ruisseau du Cheval Noir, jusqu’au lac et au col du même nom.

A Valmeinier, la légende de Bozandoc, l’ermite des Angeliers

Ermite vivant à 2600 m d’altitude, personne ne savait d’où il venait, comment il était arrivé aussi haut, et à quoi il ressemblait, vivait-il peut-être la nuit…car certains voyaient sa cape qui était suspendue aux rayons de la lune ou des astres ! Cinq moutons paissaient autour du chalet toute l’année laissant toujours apparaître la verdure qui résistait au gel et à la neige…
Personne ne savait comment il se chauffait ni se nourrissait, peut-être mangeait-il un mouton de temps en temps ? Mais il y en avait toujours cinq ! En volait-il alors dans les troupeaux avoisinants ?
Les gendarmes pensants qu’il était en danger, décidèrent de monter à pied depuis Saint Michel voir de près cet ermite qui ouvrit sa porte sans problème mais en restant muet devant les questions posées sur son mode de survie. Ils lui sommèrent de
les suivre afin de passer l’hiver au chaud, mais en chemin, Bozandoc pris la fuite mais se fit rattraper et son pied s’enfonça dans une grosse pierre près de Soutchoun y laissant son empreinte toujours visible ! Il voulait vivre en paix dans ses
montagnes un point c’est tout !
Et un phénomène extraordinaire se produisit devant toutes les questions des curieux : enjambant le fenêtre, un arc en ciel déploya son écharpe jusqu’aux épaules de Bozandoc, lui ôtant sa cape et celle-ci resta suspendue comme sur les rayons de la
lune…les gendarmes le laissèrent partir pensant avoir à faire à un possédé du diable…Il vécu donc encore longtemps dans son chalet.
Mais par un soir glacial d’hiver, les cloches se mirent à sonner sans que personne ne sache pourquoi, les habitants finirent par aller à la rencontre de l’ermite, et soudain au Planay d’en Haut, ils aperçurent un cercueil qui descendait seul..portait par les anges…
Les cloches se turent une fois Bozandoc en terre…
Si vous souhaitez aller sur ses traces, 4 endroits gardent sa mémoire : la péra (rocher) de Bozandoc au Planay, celle de Soutchoun, les ruines de son chalet aux Arendiers et le cimetière (à côté du grand orme).

A Peisey, la légende dérrière l’édifice

Nous avons décidé de vous parler de Notre-Dame-des-Vernettes, pas méconnue en soi – au contraire – même s’il est toujours conseillé de retourner la contempler dès que l’opportunité se présente.
En revanche, on connaît moins la légende derrière l’édifice. Celle-ci raconte qu’en 1702, à cet endroit, à proximité d’une source, se produisit une guérison miraculeuse. C’est alors que commencent les pèlerinages vers le site miraculeux.
Ceci fit l’objet de l’édification d’une première chapelle, malheureusement rapidement ensevelie sous une avalanche.
Cependant, les villageois, faisant preuve de résilience et d’obstination, bâtirent plus bas une nouvelle chapelle plus grande et dont les finitions minutieuses les occupèrent pendant plus de 80 ans.
La dernière restauration date de 2008 et on peut aujourd’hui admirer ce bijou de l’art baroque comme il existait à la fin du XVIIIème siècle.